Avec Les K d’or, Jérémy Ferrari franchit un cap important dans sa carrière. Après avoir rempli les salles de spectacle avec ses stand-ups corrosifs et ses spectacles engagés, l’humoriste français signe son premier long-métrage. Une comédie d’aventure déjantée, nourrie d’absurde et de satire, dans laquelle il partage l’affiche avec Laura Felpin et Éric Judor.
Pour ce baptême du feu derrière la caméra, Jérémy Ferrari ne choisit pas la facilité. Les K d’or mélange les genres et les tons, entre road-movie improbable, chasse au trésor burlesque et comédie politique à peine déguisée. Le résultat ressemble beaucoup à son humour : irrévérencieux, parfois grinçant, souvent absurde, mais toujours porté par une vraie envie de raconter.
Un héritage très particulier
L’histoire commence avec une révélation improbable. Noé, interprété par Jérémy Ferrari, a grandi avec une idée en tête : selon sa mère, il serait le fils caché de Mouammar Kadhafi. Une affirmation délirante qui, pour lui, ne souffre pourtant aucun doute.
Convaincu d’être l’héritier du dictateur libyen, Noé nourrit une obsession : retrouver le trésor que Kadhafi aurait disséminé dans le désert du Sahel après la chute de son régime. Des milliards en or qui alimentent depuis longtemps les fantasmes et les rumeurs.
De cette certitude naît une mission de vie : partir à la recherche de cet héritage caché. Mais pour mener à bien cette quête, Noé va devoir s’entourer. Et l’équipe qu’il constitue est à la hauteur de son projet : totalement improbable.

Un trio aussi improbable qu’explosif
À ses côtés, Noé recrute Zoulika, anciennement Louise, un personnage aussi attachant qu’incontrôlable. Fraîchement sortie d’un centre de réinsertion civique, elle possède surtout un talent certain pour compliquer les situations.
Le trio est complété par Ryan, un homme de 52 ans, malvoyant et toujours vierge, qui participe au célèbre Marathon des Sables. Une course mythique dans le désert qui va servir de couverture idéale pour franchir certaines frontières sans trop attirer l’attention.
Le film repose largement sur cette dynamique de trio. Trois personnages que tout oppose, réunis par un projet improbable et entraînés dans une aventure qui les dépasse largement. Entre paranoïa, maladresses et décisions absurdes, leur expédition prend rapidement des allures de chaos organisé.

L’humour noir de Jérémy Ferrari, version cinéma
Depuis ses débuts, Jérémy Ferrari s’est imposé comme l’une des voix les plus singulières du stand-up francophone. Sur scène, il aime s’attaquer à des sujets sensibles avec son arme de prédilection, l’humour noir : religion, politique, médias ou hypocrisies sociales.
Avec Les K d’or, il transpose cet esprit au cinéma. Le film ne cherche pas seulement à faire rire. Il joue aussi avec certaines obsessions contemporaines : les théories complotistes, la fascination pour les grandes fortunes cachées ou les récits mythiques autour des dictateurs déchus.
La figure de Kadhafi, omniprésente en filigrane, devient ainsi un ressort comique. L’idée d’un trésor perdu alimente depuis longtemps l’imaginaire collectif. Jérémy Ferrari s’empare de cette légende pour en faire le point de départ d’une aventure complètement décalée. Mais derrière l’absurde, le film glisse aussi quelques piques ! Une manière de rappeler que la satire n’est jamais très loin.

Un projet qui vient de loin
Si Les K d’or marque les débuts de Jérémy Ferrari comme réalisateur, l’envie de cinéma ne date pas d’hier. L’humoriste explique régulièrement avoir grandi avec cette ambition. Avant même ses grands succès sur scène, il avait déjà écrit un scénario destiné au cinéma. Le projet ne verra finalement jamais le jour, abandonné après des désaccords avec la production. Une expérience qui l’a longtemps refroidi.
Entre-temps, sa carrière sur scène a pris une ampleur considérable. Ses spectacles ont rencontré un succès massif, lui permettant d’acquérir une indépendance artistique rare dans le monde de l’humour. C’est cette liberté qui lui permet aujourd’hui de signer un film très personnel.
Une aventure volontairement décalée
À première vue, Les K d’or pourrait ressembler à une comédie d’aventure classique : une chasse au trésor, un voyage à travers des paysages hostiles et une équipe improbable. Mais Jérémy Ferrari détourne rapidement les codes du genre.
Ses personnages ne sont pas des aventuriers héroïques. Ils sont souvent maladroits, dépassés, parfois totalement inconscients. Des humains dans toute leur splendeur. Leur quête ressemble davantage à une fuite en avant qu’à une mission maîtrisée. Ce décalage permanent nourrit l’humour du film. Chaque situation semble prête à basculer dans l’absurde.
Laura Felpin, une révélation comique
Dans ce trio improbable, Laura Felpin apporte une énergie particulièrement explosive. Connue pour ses sketchs et ses personnages sur scène et à la télévision, l’humoriste confirme ici son potentiel au cinéma. Son personnage de Zoulika est imprévisible ! Tantôt fragile, tantôt incontrôlable, elle dynamite les situations avec une spontanéité déconcertante.
Face à elle, Éric Judor joue un contrepoint parfait. Habitué des comédies absurdes depuis l’époque d’Éric et Ramzy, il incarne Ryan avec une douceur lunaire qui contraste avec l’agitation du reste du groupe. Ce jeu de contrastes donne au film une énergie particulière.
Un chien qui volerait presque la vedette
Dans cette aventure improbable, un quatrième personnage attire aussi l’attention : Tribord, le chien qui accompagne le trio. À l’écran, il est incarné par Bobby, un chien à trois pattes au parcours aussi émouvant qu’étonnant. Originaire du Maghreb, Bobby a été gravement blessé lorsqu’il était chiot après avoir été renversé par une voiture. Une de ses pattes a dû être amputée. Recueilli ensuite en France par une association spécialisée dans les animaux handicapés, il a finalement trouvé une nouvelle vie… et même une carrière au cinéma.
Son maître et dresseur, Alex Leloup, l’a formé pour le film avant de l’adopter. Malgré son handicap, Bobby impressionne par son énergie et sa présence à l’écran. Un compagnon inattendu qui apporte au film une touche de tendresse au milieu de cette chasse au trésor complètement déjantée.

Entre road-movie et satire
Au fil de leur périple, les personnages traversent des paysages et des situations qui deviennent autant de prétextes à la comédie. Le désert, les frontières, les rencontres improbables… Chaque étape du voyage accentue le sentiment que cette quête repose sur une illusion. Et c’est précisément ce qui intéresse Jérémy Ferrari. Derrière l’aventure, Les K d’or interroge la manière dont les récits personnels peuvent se transformer en obsessions. Noé est convaincu d’une vérité que rien ne prouve réellement. Pourtant, toute sa vie s’organise autour de cette croyance. Le film joue ainsi avec la frontière entre conviction et délire.

Un premier film très personnel
Pour un premier long-métrage, Jérémy Ferrari n’a visiblement pas cherché à lisser son univers. Au contraire, il assume pleinement son humour noir et son goût pour l’absurde.
On retrouve dans le film des dialogues incisifs, des situations volontairement outrancières et des personnages toujours un peu à côté de la réalité. Cette approche donne à Les K d’or une identité singulière dans le paysage de la comédie française.
Le film ne ressemble pas aux comédies formatées qui dominent parfois le box-office. Il assume une forme de liberté narrative et un humour qui peut surprendre.
Une nouvelle étape pour Jérémy Ferrari
Avec ce premier film, Jérémy Ferrari ouvre un nouveau chapitre de sa carrière. Après la scène, la radio et la télévision, il explore désormais le cinéma. Le passage derrière la caméra représente un défi évident. Réaliser un film implique de gérer un univers bien plus vaste que celui d’un spectacle. Mais cette nouvelle expérience semble lui offrir un terrain de jeu idéal pour développer ses obsessions comiques et ses histoires.
Une aventure qui ne ressemble à aucune autre
Au final, Les K d’or s’impose comme une comédie d’aventure atypique. Une histoire de trésor, certes, mais racontée avec un regard décalé et un humour volontiers provocateur. Entre road-movie absurde et satire douce-amère, le film confirme surtout une chose : Jérémy Ferrari ne fait jamais les choses à moitié.
Pour son premier passage au cinéma, l’humoriste signe une œuvre fidèle à son univers. Une aventure improbable, portée par un trio de personnages aussi attachants que chaotiques. Et peut-être la promesse d’une nouvelle carrière derrière la caméra. Qui sait ?
Les K d’or, à découvrir au cinéma dans les salles romandes dès le mercredi 11 mars 2026.









