Pierre Lemaitre n’a jamais caché son goût pour les grandes fresques. Avec Les Belles Promesses, quatrième et dernier volet de la tétralogie Les Années glorieuses, l’écrivain referme une décennie romanesque consacrée aux Trente Glorieuses et signe, au passage, l’un des plus impressionnants démarrages de ce début d’année littéraire.
En quelques jours à peine, le roman s’est hissé en tête des ventes, avec près de 50’000 exemplaires écoulés la première semaine. Un chiffre qui dit beaucoup du statut singulier de Lemaitre dans le paysage littéraire français : un auteur à la fois populaire et respecté, capable de fédérer un large public sans jamais renoncer à l’ambition narrative.
Une saga devenue affaire nationale
Depuis Le Grand Monde, publié en 2022, Pierre Lemaitre suit la trajectoire de la famille Pelletier, miroir romanesque d’une France en mutation. Reconstruction, essor économique, fractures sociales, illusions du progrès : chaque tome a exploré une facette des Trente Glorieuses, loin de la carte postale nostalgique.
Les Belles Promesses vient clore ce cycle avec une ampleur dramatique assumée. Tous les fils narratifs convergent, les destins se resserrent, les choix deviennent irréversibles. Paris se transforme sous les coups de boutoir de chantiers titanesques, le monde rural vacille, des figures féminines longtemps reléguées à l’arrière-plan prennent enfin la lumière, tandis que les Pelletier avancent vers un dilemme moral aux conséquences vertigineuses.
Pierre Lemaitre excelle dans cet art du romanesque total, où l’intime et l’Histoire se contaminent sans cesse. Chez lui, une décision privée peut provoquer une onde de choc collective. Et inversement, les bouleversements du monde s’invitent brutalement dans les salons familiaux.

Un roman du vertige moral
Ce qui frappe dans Les Belles Promesses, au-delà de la maîtrise technique, c’est la densité émotionnelle. Pierre Lemaitre ne cherche pas à rassurer. Il place ses personnages face à des choix impossibles, les oblige à trahir leurs idéaux ou à en payer le prix. L’effondrement n’est jamais loin de l’apothéose, et c’est précisément dans cette tension que le roman trouve sa force.
Le style reste fidèle à ce qui a fait le succès de la saga : narration fluide, sens aigu du rythme, chapitres courts, art consommé du suspense. Mais on y perçoit aussi une gravité nouvelle, comme si l’auteur acceptait enfin de refermer la porte sur une époque et sur des personnages devenus presque familiers pour les lecteurs.
Même le détail apparemment anecdotique, la présence récurrente du chat Joseph, participe à cette sensation de continuité, de fidélité à un monde romanesque que Lemaitre a patiemment construit et qu’il refuse de quitter sans un dernier regard attendri.
Le triomphe d’un écrivain grand public au sens noble
Le succès commercial du roman n’a rien d’anodin. Il confirme que Pierre Lemaitre occupe une place rare : celle d’un écrivain capable de rassembler, de raconter de grandes histoires, sans céder à la facilité. Dans un paysage parfois fracturé entre littérature dite exigeante et production grand public, Lemaitre prouve qu’un autre chemin est possible.
Son œuvre parle au plus grand nombre parce qu’elle ne prend jamais le lecteur de haut. Elle l’embarque, l’émeut, le surprend, tout en lui proposant une réflexion profonde sur la société, le pouvoir, la morale et le temps qui passe.
Un détour par le roman noir avant un nouveau cycle
Avec Les Belles Promesses, Pierre Lemaitre referme le cycle des Années glorieuses, ouvert en 2022 avec Le Grand Monde. Une tétralogie qui a rencontré un succès massif : selon les chiffres de GFK, les trois premiers volumes se sont écoulés à plus de 1,5 million d’exemplaires, tous formats confondus.
L’écrivain s’apprête désormais à poursuivre sa grande saga du siècle en s’intéressant à la troisième génération de la famille Pelletier. Ce nouveau cycle, qui se déroulera entre 1970 et 1990, prendra la forme d’une trilogie et prolongera cette fresque familiale devenue centrale dans son œuvre.
Mais avant de replonger dans cette nouvelle époque, Pierre Lemaitre prévoit un retour au roman noir. Un terrain qu’il connaît parfaitement et qu’il décrit comme un espace de respiration créative, un moyen de tester, affûter et réinventer ses mécaniques narratives avant d’ouvrir un nouveau chapitre de sa grande entreprise romanesque.








