Du 28 janvier au 8 février 2026, le Théâtre des Marionnettes de Genève accueille Sur les pas d’Oodaaq, un spectacle presque sans paroles qui fait du mouvement, de l’image et de la matière les véritables moteurs du récit. Portée par la compagnie française Les Décintrés, cette fable initiatique s’adresse dès 6 ans, mais touche bien au-delà, par sa capacité à raconter autrement le fait de trouver sa place.
Une chute comme point de départ
Tout commence par un envol manqué. Une nichée d’oiseaux se jette dans le vide pour rejoindre le ciel. Tous s’élèvent, sauf le dernier. Oodaaq tombe du nid et découvre rapidement que son corps ne lui permettra jamais de voler comme les autres. Le spectacle choisit alors de suivre ce moment de bascule: celui où l’on comprend que le chemin attendu ne sera pas le sien. Oodaaq prend la route, au ras du sol, et s’engage dans un voyage fait de saisons, d’épreuves et de rencontres, parfois bienveillantes, parfois menaçantes. Pas à pas, il apprend à conquérir le monde à sa manière.

Oodaaq, un nom venu des confins du globe
Le nom du personnage n’est pas le fruit du hasard. Oodaaq est aussi celui d’une île réelle, minuscule banc de terre longtemps considéré comme le point le plus au nord du globe. Un territoire extrême, isolé, presque invisible sur les cartes.
En choisissant ce nom, la compagnie fait écho à la solitude du personnage, à son sentiment d’être “à part”, tout en prolongeant une fascination pour les mondes polaires déjà explorés dans de précédents projets. Oodaaq devient ainsi une figure de l’isolement, mais aussi de la persévérance, ancrée dans un imaginaire géographique aussi poétique que symbolique.
Une machine à raconter
Pour donner corps à ce parcours sur un plateau de théâtre, Les Décintrés ont conçu une scénographie évoquant une infatigable machine narrative. Au centre, un tapis roulant actionné manuellement, presque toujours en mouvement. Oodaaq y progresse tandis que les paysages défilent autour de lui, accélérant ou ralentissant au gré des aventures traversées. Intégré dans un castelet aux allures mécaniques, le dispositif convoque l’esthétique du dessin animé et du cinéma d’animation, mais fabriqué en direct, à vue, par la précision du geste et le jeu des rouages.
Les manipulateurs ne se cachent pas. Présents comme des machinistes, ils enclenchent, régulent et font vivre cette fabrique d’images. Fumées, objets, décors et personnages surgissent, disparaissent, se transforment. Le spectacle donne autant à voir l’histoire que sa fabrication, dans un rapport assumé à l’artisanat et à la matière.
Peu de mots, mais beaucoup de sensations
Oodaaq ne parle pas. Il émet des sons, des souffles, des cris d’oiseau. Lui donner une parole humaine aurait risqué de l’ancrer trop fortement dans un registre identifiable. Le récit est porté par une voix off, écrite par Thierry Küttel, qui pose le cadre, ponctue l’action et joue avec la musicalité des mots, souvent en léger décalage. Ce travail vocal s’inscrit dans un univers sonore dense, fait de paysages auditifs, de textures et de rythmes, qui dialoguent en permanence avec l’image. Ici, le son est aussi essentiel que le visuel, et participe pleinement à la dramaturgie.

Un spectacle pensé pour être partagé
D’une durée de 45 minutes, Sur les pas d’Oodaaq est accessible dès 6 ans et s’adresse aussi bien au jeune public qu’aux adultes. Le mercredi 4 février à 15h, une représentation particulière est proposée en collaboration avec l’association Écoute-Voir. Le spectacle, très visuel et presque sans paroles, est accessible au public sourd, avec une interprétation en langue des signes du prologue et des échanges après la représentation. Cette séance se déroule également en format Relax, en partenariat avec l’association Out of the box, avec un assouplissement des codes habituels afin de permettre à chacun et chacune de vivre le spectacle sans contrainte.
Infos pratiques
Sur les pas d’Oodaaq
Du 28 janvier au 8 février 2026
Théâtre des Marionnettes de Genève
Un spectacle de la compagnie Les Décintrés (France)
Texte: Emmeline Beaussier et Jean-Pierre Hollebecq
Mise en scène: Emmeline Beaussier
Interprétation: Jean-Pierre Hollebecq et Jade Malmazet








