Stomp à Lausanne, quand le bruit devient musique

Écrit par
La rédaction
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Stomp / DR
Lieu
Lausanne

Des balais qui claquent, des poubelles qui résonnent, des briquets qui crépitent et des caddies qui deviennent instruments de percussion. Jeudi soir, Stomp donnait la première de ses six représentations au Théâtre de Beaulieu, à Lausanne. Slash Culture était dans la salle pour découvrir ce spectacle devenu culte, où le bruit du quotidien se transforme en musique. Et après près de 35 ans d’existence, la recette fonctionne toujours aussi bien.

Il faut quelques minutes seulement pour comprendre que l’on ne regardera plus jamais son balai de la même manière. Chez Stomp, pas besoin de batterie, de guitare ou de piano. Encore moins de paroles. Tout ce qui passe entre les mains des huit artistes peut devenir un instrument.

Un manche à balai frappe le sol, une poubelle devient grosse caisse, des tubes produisent leurs propres notes et quelques boîtes d’allumettes suffisent à construire un rythme. Même les objets les plus banals semblent soudain avoir quelque chose à raconter.

Créé par Luke Cresswell et Steve McNicholas, Stomp repose depuis ses débuts sur cette idée aussi simple que géniale : le rythme est partout. Les deux créateurs expliquent d’ailleurs que le spectacle a été construit autour de lui, avant même le mouvement et la comédie.

Une heure et demie sans prononcer un mot

Sur scène, aucun dialogue. Et pourtant, STOMP n’est certainement pas un spectacle silencieux. Les artistes communiquent par les gestes, les regards, les mimiques et, évidemment, les sons.

Car derrière l’impression de joyeux chaos se cache une mécanique d’une précision redoutable. Chaque coup doit arriver au bon moment. Chaque mouvement répond au précédent. Les rythmes se construisent progressivement, se superposent, accélèrent, s’arrêtent brutalement avant de repartir de plus belle.

Les huit artistes sont autant percussionnistes que danseurs, comédiens et acrobates. Chacun possède aussi son propre caractère. Certains se défient, d’autres cherchent à voler la vedette et l’un d’eux devient régulièrement le souffre-douleur de la bande. Sans qu’un seul mot soit prononcé, les situations se comprennent immédiatement.

C’est aussi là que Stomp surprend. On vient pour les percussions, mais on rit beaucoup.

Balais, poubelles et éviers : tout y passe !

Le décor ressemble à un immense atelier de récupération. Des objets sont suspendus partout, prêts à entrer dans la danse. Et au fil du spectacle, l’inventaire devient de plus en plus improbable.

Balais, seaux, poubelles, tubes, caddies… Stomp détourne les objets que l’on croise chaque jour pour chercher le son qu’ils peuvent produire. Le principe accompagne le spectacle depuis ses origines et continue d’évoluer avec de nouvelles trouvailles.

Certaines séquences jouent sur la puissance et font littéralement vibrer la salle. D’autres prennent le chemin inverse. Quelques petits objets et des sons minuscules suffisent alors à imposer le silence dans le théâtre.

Le résultat donne presque envie de rentrer chez soi pour expérimenter. Stomp est probablement l’un des rares spectacles après lequel passer le balai et sortir les poubelles semblent soudain beaucoup plus amusants. Reste à prévenir les voisins.

Le public devient le neuvième membre de Stomp

Stomp ne laisse toutefois pas longtemps les spectateurs tranquillement installés dans leurs fauteuils. À plusieurs reprises, les artistes se tournent vers la salle. Quelques gestes suffisent : frapper dans les mains, taper du pied, reproduire un rythme. Le Théâtre de Beaulieu se transforme alors en gigantesque instrument de percussion.

Pas besoin d’explications. Un artiste lance une séquence, le public répond. Il accélère, la salle tente de suivre. Il piège les spectateurs avec une variation et déclenche les rires.

Cette interaction rappelle ce qui fait la force du spectacle depuis plusieurs décennies : Stomp n’a pas besoin de traduction. Le mouvement, le rythme et l’humour suffisent à créer un langage commun.


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Le quotidien devient spectaculaire

Il serait pourtant réducteur de voir Stomp comme une simple démonstration de percussion. Le spectacle est aussi profondément visuel. Les corps participent autant à la musique que les objets. Les artistes sautent, courent, dansent et manipulent parfois des accessoires imposants tout en maintenant une synchronisation impressionnante.

La lumière fait également partie de la partition. L’une des séquences les plus délicates utilise notamment de simples briquets pour créer un véritable ballet lumineux, jouant autant avec le silence qu’avec le son. Les objets ordinaires deviennent alors presque poétiques.

C’est précisément cette capacité à passer du fracas à la finesse qui empêche le spectacle de devenir répétitif. Stomp sait faire beaucoup de bruit, évidemment. Mais il sait surtout quoi faire de ce bruit.

Près de 35 ans et toujours la même énergie

L’aventure Stomp remonte au début des années 1990. Luke Cresswell et Steve McNicholas ont alors présenté leur spectacle à huit artistes au Festival d’Édimbourg en 1991 avant de l’emmener notamment en Australie. Le concept a ensuite parcouru le monde entier.

Aujourd’hui, le phénomène revendique plus de 18 millions de spectateurs à travers le monde. À New York, où Stomp s’était installé en 1994, le spectacle a été joué 11’475 fois avant de tirer sa révérence en janvier 2023 après 29 ans de présence.

Une longévité qui pourrait laisser craindre une formule devenue trop bien huilée. Sur la scène lausannoise, c’est pourtant l’inverse qui se produit. L’énergie paraît immédiate, physique et communicative !

Beaulieu debout pour Stomp

Jeudi soir, le public lausannois ne s’y est d’ailleurs pas trompé. Après avoir tapé des mains et participé au spectacle pendant la représentation, la salle s’est levée pour offrir une standing ovation aux huit artistes. Une conclusion finalement assez logique pour un spectacle qui passe son temps à rappeler que nous avons tous un instrument à portée de main.

Stomp réussit surtout quelque chose de rare : transformer le banal en spectaculaire. Une poubelle n’est plus tout à fait une poubelle, un balai n’est plus seulement fait pour nettoyer et un simple claquement de mains peut devenir le début d’un morceau. À la sortie du Théâtre de Beaulieu, difficile de résister à l’envie de chercher du rythme partout. Sur une rambarde, une table, un verre ou le sol sous ses chaussures. Quand le bruit devient musique, même sortir les poubelles peut avoir du rythme.

Stomp reste à l’affiche du Théâtre de Beaulieu jusqu’au dimanche 27 septembre, avec encore cinq représentations : vendredi à 20h, samedi à 15h et 20h, puis dimanche à 14h et 18h. Les billets sont proposés à partir de CHF 39.-.

Trouvez vos billets sur le site Internet d’Opus One.

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