Du 28 au 31 mai 2026, les Design Days investissent La Rasude à Lausanne pour quatre jours consacrés au design, à l’architecture, à l’artisanat contemporain et à l’innovation. Entre expositions, workshops, conférences, scénographies immersives et expériences gastronomiques, l’événement confirme sa place incontournable dans le paysage créatif suisse. Cette nouvelle édition réunit 43 exposants, des designers émergents aux grandes maisons, dans un ancien site postal en pleine mutation devenu terrain d’expérimentation culturelle.
Depuis plus de quinze ans, l’association Design Days défend la création suisse, avec une attention particulière portée aux jeunes talents romands. Sa mission reste la même : rendre le design accessible au plus grand nombre à travers des expositions ouvertes, des rencontres et des événements capables de faire dialoguer créateurs, institutions, professionnels et public.
La Rasude comme décor brut et vivant
Après plusieurs éditions ayant contribué à installer durablement l’événement dans le calendrier culturel romand, les Design Days poursuivent leur exploration de lieux atypiques. Cette année encore, c’est La Rasude, ancien site postal situé à deux pas de la gare de Lausanne, qui accueille la manifestation.
Le choix du lieu n’a rien d’anodin. Avec ses volumes industriels, ses rails, ses espaces bruts et son atmosphère encore marquée par son passé ferroviaire, La Rasude devient un véritable décor scénographique. Le bâtiment accompagne parfaitement l’identité hybride des Design Days, à la croisée de l’exposition, du salon professionnel et du laboratoire créatif.
Pendant quatre jours, le public pourra découvrir installations, objets, mobilier, luminaires, expérimentations textiles, matériaux innovants et créations artisanales dans une mise en scène pensée comme une expérience immersive.

Une scène suisse foisonnante
L’un des grands intérêts des Design Days réside dans leur capacité à faire cohabiter grands noms du design suisse, studios émergents, artisans, écoles et jeunes créateurs. L’édition 2026 illustre parfaitement cette diversité.
Parmi les exposants les plus attendus figure notamment l’ECAL, institution incontournable du design suisse. L’école lausannoise y présentera des projets développés autour du marbre Cristallina, le seul marbre extrait en Suisse. Entre mobilier extérieur et accessoires inspirés des traditions helvétiques, l’exposition témoigne de la capacité de l’ECAL à mêler patrimoine, recherche et innovation contemporaine.

Autre présence importante : Schätti, entreprise familiale basée dans le canton de Glaris, qui dévoilera notamment sa nouvelle gamme de luminaires Glarona imaginée par le designer zurichois Jörg Boner. Le dialogue entre industrie métallurgique et design minimaliste y apparaît particulièrement réussi.
Dans un registre plus expérimental, le designer lausannois Renaud Defrancesco présentera son projet Sunline Gradient, une recherche autour de l’aluminium anodisé et des dégradés colorés appliqués à des objets du quotidien comme des lampes, vases ou accessoires de bureau. Une démarche où la matière devient langage visuel.

Le design suisse contemporain se raconte aussi à travers les nouvelles générations. Christophe Ascençao, récemment diplômé de l’ECAL, viendra présenter EC Knit, un lit tricoté lavable pensé pour les transports de nuit. Son projet revisite la couchette ferroviaire à travers une approche plus intime, plus ergonomique et plus silencieuse. Une création récompensée par le Bachelor Swiss Design Association Award 2025.
Entre artisanat et durabilité
De nombreux exposants mettent en avant des approches centrées sur les matériaux, la fabrication locale et la durabilité.
Le studio IGN., basé à Ruswil, présentera ses meubles en bois massif fabriqués en Suisse à partir de chêne, de noyer ou d’arolle. Une production qui revendique la lenteur, la qualité et la personnalisation face aux logiques industrielles standardisées.

Même attention portée à la fabrication chez Olivier Veuthey, créateur genevois qui développe du mobilier à partir de matériaux locaux. Son fauteuil à bascule Live Slowly défend une vision durable de l’objet : pièces réparables, production suisse et limitation des déchets.
La dimension écologique traverse également les propositions de Puzz’le Design Studio. Le studio suisse développe des objets éco-responsables produits en circuit court et utilisant notamment un polymère biodégradable récompensé par un iF DESIGN AWARD 2025.

Le studio genevois Mobilier Feutré s’inscrit lui aussi dans cette logique de réemploi. Spécialisé dans la récupération de matériaux issus de salons et festivals, il transforme des surplus événementiels en mobilier fonctionnel et acoustique. Une manière intelligente de revaloriser des matériaux souvent destinés à être jetés après usage.
Cette attention aux procédés et aux matériaux se retrouve encore chez Salienti, studio zurichois soutenu par Pro Helvetia. Leur projet Seilinee repense la fabrication de vases en céramique afin de limiter le gaspillage grâce à un système modulaire.
Voir les exposants de l’édition 2026
Le retour du Design Dinner
Parmi les temps forts de cette édition figure le retour du Design Dinner, proposé le samedi 30 mai. Pensé comme une expérience immersive limitée à 60 convives, ce dîner transforme La Rasude en terrain sensoriel où gastronomie, lumière et scénographie dialoguent.
La mise en scène est signée Karen Pisoni du studio Pisoni Lab, qui imagine un environnement composé de matériaux bruts, de totems lumineux et d’objets détournés.

Aux commandes de la cuisine, Fud Läb promet une expérience culinaire où les plats deviennent eux aussi éléments scénographiques. Plus qu’un repas, le Design Dinner se présente comme une exploration sensorielle à la frontière entre installation artistique et gastronomie contemporaine.
Le choix de l’ancien site postal renforce encore cette impression de parenthèse hors du temps. Les rails, les volumes industriels et les espaces en mutation participent pleinement à l’expérience proposée.
Workshops, conférences et réflexion sur les métiers du design
Les Design Days ne se limitent pas à l’exposition d’objets. L’événement affirme aussi une volonté de réflexion autour des pratiques professionnelles du design.
En collaboration avec la Swiss Design Association et avec le soutien de Pro Helvetia, plusieurs workshops seront organisés à destination des designers. Les thématiques abordées témoignent des préoccupations actuelles du secteur : négociation salariale, dynamiques de pouvoir, propriété intellectuelle ou encore intelligence artificielle appliquée à la création.
Parmi les interventions marquantes figure notamment le workshop animé par Tanya Rey autour des outils d’intelligence artificielle dans le processus créatif. Une session qui explorera la manière dont les designers peuvent intégrer l’IA dans leur flux de travail, de la génération d’images à la construction de récits visuels.
Autre moment fort : la présentation de la nouvelle étude nationale sur les salaires et honoraires des designers en Suisse réalisée par la Swiss Design Association. Pour la première fois, cette étude propose un état des lieux détaillé des réalités économiques du métier : rémunérations, conditions de travail, pratiques tarifaires ou encore différences entre disciplines.
Dans un secteur souvent marqué par la précarité ou l’instabilité des revenus, cette conférence ouvre une discussion essentielle sur la reconnaissance économique du design et la valorisation du travail créatif.
En savoir plus sur les workshops
Les Architalks renforcent la dimension professionnelle
Les Architalks reviennent également pour une deuxième édition organisée avec le magazine Espaces contemporains.
Pensée comme une journée de networking réservée aux architectes, designers et professionnels de la construction, cette rencontre B2B réunit plus d’une centaine de participants sélectionnés. Soutenu par la Vaudoise Assurances et organisé en partenariat avec le mudac et la Fondation CUB, l’événement entend favoriser les échanges stratégiques et les collaborations professionnelles.
Cette dimension plus professionnelle complète intelligemment l’ouverture grand public des Design Days. L’événement réussit ainsi à faire cohabiter découverte culturelle, réseautage et réflexion sur les enjeux contemporains de l’architecture et du design.

Un design accessible au grand public
Si les Design Days attirent professionnels et spécialistes, l’événement conserve une volonté forte d’accessibilité. Avec une entrée fixée à 10 francs et plusieurs activités pensées pour les familles, la manifestation cherche à ouvrir le design à un public large.
Les visites guidées imaginées par l’artiste et médiatrice culturelle Lara Buffard s’inscrivent pleinement dans cette démarche. Pensées comme des « visites-expériences », elles proposent d’explorer les œuvres à travers l’observation, la manipulation et l’expérimentation.
Le public est invité à questionner les frontières entre œuvre et objet, entre artisanat et création contemporaine. Une approche sensible qui correspond bien à l’esprit des Design Days : montrer que le design ne se limite pas à une fonction décorative, mais qu’il raconte aussi des usages, des matériaux, des gestes et des visions du monde.
Lausanne affirme son rôle de capitale créative
Avec cette édition 2026, les Design Days confirment également le rôle central de Lausanne dans le paysage du design suisse. Entre l’ECAL, le mudac, les studios indépendants, les jeunes designers et les nombreux acteurs culturels présents dans la région, la ville continue d’apparaître comme un véritable laboratoire créatif.
Le choix de La Rasude participe aussi à cette dynamique de transformation urbaine où culture, patrimoine industriel et nouveaux usages se rencontrent. Les Design Days s’inscrivent pleinement dans cette réflexion contemporaine sur les lieux hybrides et les nouvelles façons d’habiter les espaces.
Plus qu’un simple salon, l’événement lausannois affirme année après année une identité singulière : celle d’une plateforme capable de réunir création émergente, artisanat, innovation technologique, architecture, gastronomie et réflexion sociétale.
Pendant quatre jours, Lausanne deviendra ainsi le point de rencontre d’une scène suisse du design en pleine effervescence, portée par une nouvelle génération de créateurs qui interroge autant les matériaux que les usages, les récits et les manières de vivre ensemble.










