Le Musée d’art de Pully consacre une exposition à Cuno Amiet, figure incontournable de la peinture suisse. À travers une soixantaine de tableaux et de nombreuses œuvres sur papier, « Les Quatre saisons » explore la fascination du peintre pour les transformations de la nature. Une plongée dans un univers de couleurs et de lumière, à découvrir jusqu’au 10 janvier 2027.
Le printemps et ses floraisons, l’été et ses lumières éclatantes, l’automne et ses couleurs flamboyantes, puis l’hiver et ses paysages silencieux. Pour Cuno Amiet (1868-1961), les saisons n’étaient pas simplement des changements de décor. Elles constituaient une source inépuisable d’inspiration et un formidable terrain d’expérimentation artistique.
Depuis le 18 septembre, le Musée d’art de Pully met à l’honneur le peintre soleurois avec l’exposition « Cuno Amiet. Les Quatre saisons ». L’occasion de redécouvrir une figure majeure de l’art moderne suisse, encore relativement peu exposée en Suisse romande.
Un pionnier de la modernité suisse
Aux côtés de Ferdinand Hodler et de Giovanni Giacometti, Cuno Amiet a largement contribué au renouvellement de la peinture suisse à la fin du XIXe et au début du XXe siècle.
Formé à Munich et à Paris, puis profondément marqué par son séjour à Pont-Aven, en Bretagne, l’artiste s’éloigne progressivement de la représentation fidèle de la réalité. Influencé notamment par Vincent van Gogh, il développe une peinture dans laquelle les couleurs prennent une importance considérable.
En 1898, il s’installe à la Oschwand, un hameau de l’Emmental bernois. C’est là, entouré de collines, de vergers et de jardins, qu’il trouve l’essentiel de son inspiration. Pendant plusieurs décennies, il observe les mêmes paysages, les peint et les réinterprète au rythme des saisons. Une démarche qui lui permet d’explorer sans cesse de nouvelles associations de couleurs, de formes et de lumières.
Du printemps éclatant aux chaleurs de l’été
L’exposition suit le cycle naturel des saisons, à commencer par le printemps, symbole de renouveau et de vitalité. Les arbres fruitiers en fleurs, les prairies de pissenlits et les jardins colorés occupent une place privilégiée dans les compositions d’Amiet. Dans Arbre fruitier en fleur (1905), les touches de peinture se multiplient pour restituer toute l’énergie de la nature qui s’éveille.
Le jaune, particulièrement présent dans ses paysages printaniers, devient une véritable signature artistique. Plus qu’une couleur, il évoque la lumière, la joie et la vitalité. Avec l’arrivée de l’été, la palette se fait plus intense. Les verts, les rouges et les jaunes envahissent les toiles, tandis que les ombres des arbres structurent les compositions.
Dans Au Jardin (1911), œuvre également choisie pour l’affiche de l’exposition, les personnages se fondent dans une végétation luxuriante. Les contrastes entre lumière et ombre créent une atmosphère estivale presque palpable. L’artiste ne cherche plus uniquement à représenter un jardin, mais à transmettre les sensations qu’il procure.

L’automne, une explosion de couleurs
L’automne constitue un autre moment fort du parcours. Les feuillages se parent de rouges, d’ocres et de jaunes, tandis que les récoltes deviennent des sujets récurrents.
Dans L’Atelier en automne (1906), Cuno Amiet transforme un paysage familier en une composition particulièrement audacieuse. Les formes se simplifient, les couleurs s’affirment et la peinture s’éloigne progressivement du réalisme.
Les pommes, les vergers et les scènes de récolte accompagnent d’ailleurs l’artiste tout au long de sa carrière. Ils symbolisent autant l’abondance de la nature que le passage du temps. Cette fascination pour les transformations saisonnières se retrouve jusque dans ses dernières œuvres, témoignant d’une curiosité artistique qui ne s’est jamais essoufflée.
Quand l’hiver se pare de bleu, de rose et de violet
Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, les paysages hivernaux de Cuno Amiet sont loin d’être monochromes.
La neige devient pour lui un formidable terrain d’exploration. Les collines enneigées de l’Emmental se parent de nuances bleutées, rosées, jaunes ou violettes, tandis que les arbres dépouillés dessinent des lignes graphiques dans le paysage.
Avec des œuvres comme Arbres sous le soleil d’hiver (1910), le peintre démontre que la saison froide possède elle aussi une richesse chromatique insoupçonnée.
Au fil des années, ses compositions deviennent parfois presque abstraites. Quelques arbres, une pente enneigée ou un soleil suffisent à évoquer toute une atmosphère. Cette liberté se retrouve également dans ses gravures et ses lithographies, auxquelles le Musée d’art de Pully consacre deux espaces spécifiques.

Un jardin comme atelier à ciel ouvert
Derrière cette production artistique se cache un lieu essentiel : le jardin de la maison de Cuno Amiet à la Oschwand. Aménagé dès 1909 avec l’architecte Otto Ingold, cet espace devient progressivement un véritable laboratoire pictural. Arbres fruitiers, parterres de fleurs, allées et bassins offrent au peintre une multitude de motifs qu’il réinterprète au fil des années. Le jardin représente à la fois un refuge personnel et un espace de création où l’artiste peut observer quotidiennement les changements de lumière et de végétation.
Pour prolonger cette découverte, le Musée d’art de Pully propose notamment des excursions à la Oschwand, les 18 et 25 octobre, avec une visite de l’atelier et des jardins du peintre. Des visites commentées, des ateliers de peinture et des activités destinées aux familles complètent également la programmation.
Informations pratiques
Cuno Amiet. Les Quatre saisons
Jusqu’au 10 janvier 2027
Musée d’art de Pully, Chemin Davel 2, 1009 Pully
Horaires : du mardi au vendredi de 14h à 18h, samedi, dimanche et jours fériés de 11h à 18h
Tarifs : CHF 14.- (adultes), CHF 10.- (réduit), gratuit pour les moins de 16 ans
www.museedartdepully.ch









