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Halloween : le slasher movie, ou l’art de faire couler le sang au cinéma

Écrit par
Jonathan Beck
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DR
Lieu
Nyon

Un tueur masqué, une arme blanche, des adolescents imprudents et une dernière survivante. Depuis plusieurs décennies, le slasher movie fait couler des litres de faux sang sur grand écran. Pour Halloween, Slash Culture revient sur ce sous-genre du cinéma d’horreur qui a donné naissance à quelques-uns des monstres les plus célèbres du septième art. Avec, à la clé, une sélection de dix films à (re)découvrir pour frissonner le 31 octobre.

Le slasher movie, ou l’art de ne jamais se retourner

Il y a des règles que tout amateur de cinéma d’horreur connaît. Ne jamais descendre seul à la cave. Ne jamais annoncer que l’on revient dans cinq minutes. Et surtout, ne jamais croire qu’un tueur est définitivement mort après avoir reçu un coup de couteau, une balle ou une télévision sur la tête.

Bienvenue dans l’univers du slasher movie, ce sous-genre du cinéma d’horreur dont le principe paraît aussi simple qu’efficace : un assassin, souvent masqué ou dissimulé, traque et élimine méthodiquement un groupe de victimes. Le tout dans une atmosphère où le suspense, la violence et une certaine dose de voyeurisme se disputent la vedette.

Le terme « slasher » vient du verbe anglais to slash, qui signifie taillader ou lacérer. Une appellation particulièrement adaptée à un cinéma où les couteaux de cuisine, les machettes et autres objets tranchants occupent une place de choix.

Mais réduire le slasher movie à une succession de meurtres spectaculaires serait passer à côté de ce qui fait sa richesse. Derrière les masques et les effusions de sang se cachent des œuvres qui interrogent les peurs collectives, les rapports entre les sexes, la violence et parfois même notre fascination pour le spectacle de la mort.

Des origines bien plus anciennes qu’on ne l’imagine

Si le slasher movie connaît son âge d’or à la fin des années 1970 et au début des années 1980, ses racines remontent bien plus loin. En 1960, Alfred Hitchcock bouleverse les codes du suspense avec Psychose. Sa célèbre scène de douche, dans laquelle Marion Crane est assassinée, constitue l’une des séquences les plus influentes de l’histoire du cinéma. La violence y est davantage suggérée que montrée, mais le montage, les cris et la musique stridente de Bernard Herrmann suffisent à imprimer durablement la scène dans les mémoires.

La même année, le réalisateur britannique Michael Powell signe Le Voyeur, un film particulièrement dérangeant dans lequel un homme assassine des femmes tout en filmant leur terreur. Une œuvre aujourd’hui considérée comme précurseure, mais qui provoque un véritable scandale lors de sa sortie.

En Italie, le giallo, popularisé notamment par Mario Bava et Dario Argento, contribue également à façonner l’esthétique du genre. Meurtres stylisés, tueurs gantés, jeux de lumière et intrigues mystérieuses annoncent plusieurs caractéristiques du slasher movie moderne.

En 1974, Black Christmas de Bob Clark pose une partie de ses fondations : une maison, de jeunes femmes terrorisées, des appels inquiétants et un assassin dont l’identité demeure mystérieuse. Quatre ans plus tard, John Carpenter va transformer ces ingrédients en phénomène culturel.

Michael Myers, Jason Voorhees et Freddy Krueger : la naissance des icônes

Avec Halloween : La Nuit des masques, sorti en 1978, John Carpenter impose une nouvelle figure du mal. Michael Myers ne parle pas, ne court presque jamais et semble impossible à arrêter. Son masque blanc, son regard vide et sa démarche imperturbable en font une incarnation terrifiante de la menace. Le succès du film ouvre la voie à une véritable déferlante de slashers.

En 1980, Vendredi 13 de Sean S. Cunningham installe le camp de Crystal Lake dans l’imaginaire collectif. La franchise donnera ensuite toute sa dimension à Jason Voorhees, devenu indissociable de son masque de hockey et de sa machette.

En 1984, Wes Craven renouvelle la formule avec Les Griffes de la nuit. Son assassin, Freddy Krueger, ne se contente plus de poursuivre ses victimes dans les rues ou les maisons : il les attaque dans leurs rêves. Un concept redoutable puisque dormir, contrairement à une promenade nocturne dans une forêt, est une nécessité.

Ces personnages deviennent rapidement des figures de la culture populaire. Les suites se multiplient, les budgets augmentent et les tueurs finissent parfois par voler la vedette à leurs propres victimes.

La final girl, celle qui survit au massacre

Impossible de parler de slasher movie sans évoquer la final girl, cette jeune femme qui parvient à survivre au tueur alors que ses compagnons ont été éliminés.

Laurie Strode dans Halloween, Nancy Thompson dans Les Griffes de la nuit ou Sidney Prescott dans Scream comptent parmi les représentantes les plus célèbres de cet archétype, théorisé par la chercheuse Carol J. Clover.

Dans les slashers classiques, la survivante se distingue souvent par sa vigilance, son intelligence et sa capacité à comprendre le danger avant les autres. Certains films associent également sa survie à une forme de retenue morale ou sexuelle, un aspect qui a suscité de nombreuses analyses critiques.

Au fil des décennies, cette figure évolue. La victime potentielle devient progressivement une combattante, capable de retourner les armes du tueur contre lui. Le slasher movie ne raconte donc pas uniquement l’histoire d’un assassin. Il raconte aussi celle de personnes qui refusent de mourir.


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Scream, ou comment rire des règles pour mieux les réinventer

Au milieu des années 1990, le slasher movie semble avoir épuisé sa formule. Les suites s’enchaînent et le public connaît désormais tous les mécanismes du genre. En 1996, Wes Craven lui redonne un second souffle avec Scream.

Le coup de génie ? Faire évoluer les personnages dans un univers où les films d’horreur existent et où leurs règles sont connues. Les protagonistes savent parfaitement ce qu’il ne faut pas faire. Cela ne les empêche évidemment pas de commettre les pires erreurs.

Avec son tueur Ghostface, son humour noir et son scénario signé Kevin Williamson, Scream transforme le slasher movie en un jeu de références cinéphiles. Le film ne se contente pas de reproduire les codes du genre : il les dissèque, les détourne et les utilise pour surprendre une nouvelle génération de spectateurs. Son succès relance la mode des tueurs masqués et inspire notamment Souviens-toi… l’été dernier (1997) et Urban Legend (1998). Mais le genre est loin d’avoir dit son dernier mot.

Un genre qui refuse de mourir

Depuis les années 2000, le slasher movie n’a cessé de se réinventer. Certains réalisateurs misent sur une violence toujours plus graphique, tandis que d’autres préfèrent jouer avec les attentes du public. Les remakes et les nouvelles suites de franchises historiques se multiplient. Michael Myers, Jason Voorhees et Ghostface continuent de hanter les écrans, parfois plusieurs décennies après leur première apparition.

Parallèlement, de nouvelles œuvres explorent d’autres territoires. You’re Next (2011) transforme une réunion familiale en jeu de massacre. Happy Birthdead (2017) mélange slasher et boucle temporelle, tandis que X (2022), réalisé par Ti West, revisite les codes du genre dans une atmosphère inspirée du cinéma d’exploitation des années 1970.

Dix slasher movies à (re)découvrir pour Halloween

Des classiques incontournables aux propositions plus contemporaines, voici notre sélection pour une soirée du 31 octobre placée sous le signe des cris, du suspense et des portes qu’il aurait mieux valu laisser fermées.

1. Halloween : La Nuit des masques (1978) – John Carpenter

Tout commence dans la petite ville de Haddonfield, où Michael Myers revient quinze ans après avoir assassiné sa sœur. Derrière son masque blanc, il traque plusieurs adolescentes, dont Laurie Strode. Avec une mise en scène minimaliste, une bande originale devenue mythique et une tension permanente, John Carpenter signe l’un des films les plus influents de l’histoire de l’horreur.

Pourquoi le voir ? Parce qu’il demeure une référence absolue du slasher movie et que sa musique suffit encore à provoquer des frissons.

2. Vendredi 13 (1980) – Sean S. Cunningham

Au camp de Crystal Lake, une équipe de jeunes moniteurs prépare la réouverture d’un centre de vacances. Mais quelqu’un semble bien décidé à empêcher les festivités. Souvent associé à Jason Voorhees, le premier Vendredi 13 réserve pourtant une surprise à ceux qui découvrent la franchise. Son succès donnera naissance à l’une des sagas les plus prolifiques du cinéma d’horreur.

Pourquoi le voir ? Pour son ambiance de camp de vacances maudit et son influence considérable sur les slashers des années 1980.

3. Les Griffes de la nuit (1984) – Wes Craven

Freddy Krueger possède une particularité particulièrement désagréable : il tue ses victimes pendant leur sommeil. Et les blessures infligées dans les rêves se répercutent dans la réalité. Avec son pull rayé, son gant aux lames acérées et son visage brûlé, Freddy devient instantanément une icône du cinéma horrifique.

Pourquoi le voir ? Pour son concept original, ses séquences cauchemardesques et sa capacité à transformer le sommeil en véritable menace.

4. Scream (1996) – Wes Craven

À Woodsboro, un mystérieux assassin portant un masque inspiré du tableau Le Cri d’Edvard Munch terrorise une bande d’adolescents. Mais ici, les victimes connaissent parfaitement les règles des films d’horreur. Avec son scénario malin, ses dialogues mordants et son ouverture devenue culte, Scream redéfinit le slasher movie pour toute une génération.

Pourquoi le voir ? Pour son mélange particulièrement réussi de suspense, d’humour noir et de références au cinéma d’horreur.

5. Massacre à la tronçonneuse (1974) – Tobe Hooper

Un groupe de jeunes voyageurs tombe entre les mains d’une famille de cannibales dans le Texas rural. Parmi eux se trouve Leatherface, personnage terrifiant qui manie la tronçonneuse avec une redoutable efficacité. À la frontière du slasher et du survival horror, le film de Tobe Hooper impressionne par son atmosphère suffocante et sa brutalité psychologique, bien davantage que par la quantité de sang réellement montrée à l’écran.

Pourquoi le voir ? Pour son ambiance poisseuse, sa tension presque insoutenable et son importance dans l’histoire du cinéma d’horreur.

6. Black Christmas (1974) – Bob Clark

À l’approche de Noël, les pensionnaires d’une maison d’étudiantes reçoivent des appels téléphoniques obscènes et inquiétants. Lorsqu’une jeune femme disparaît, l’angoisse s’installe progressivement. Souvent considéré comme l’un des précurseurs du slasher moderne, Black Christmas exploite magistralement la peur de l’inconnu et la menace invisible.

Pourquoi le voir ? Pour découvrir un classique qui a contribué à définir les codes du genre avant même le succès d’Halloween.

7. Souviens-toi… l’été dernier (1997) – Jim Gillespie

Après avoir provoqué un accident et dissimulé leur responsabilité, quatre amis pensent pouvoir reprendre le cours de leur existence. Un an plus tard, un mystérieux individu armé d’un crochet semble connaître leur secret. Porté par Jennifer Love Hewitt, Sarah Michelle Gellar, Ryan Phillippe et Freddie Prinze Jr., le film s’inscrit dans la vague de slashers adolescents relancée par Scream.

Pourquoi le voir ? Pour son ambiance estivale trompeuse, son intrigue fondée sur la culpabilité et son tueur au crochet devenu emblématique des années 1990.

8. You’re Next (2011) – Adam Wingard

Une réunion de famille dans une demeure isolée tourne au cauchemar lorsque des assaillants portant des masques d’animaux attaquent les invités. Mais les agresseurs vont rapidement découvrir que certaines victimes sont beaucoup moins vulnérables qu’elles n’en ont l’air.

Pourquoi le voir ? Pour son humour noir, son efficacité redoutable et sa manière de renverser intelligemment les rapports de force habituels du slasher movie.

9. X (2022) – Ti West

En 1979, une équipe de jeunes cinéastes se rend dans une ferme isolée du Texas pour tourner un film pornographique. Leur projet prend une tournure sanglante lorsque les propriétaires découvrent leurs activités. Avec son esthétique rétro et son atmosphère inquiétante, Ti West rend hommage au cinéma d’exploitation des années 1970 tout en proposant une réflexion sur le vieillissement, le désir et la jeunesse.

Pourquoi le voir ? Pour sa photographie, son ambiance vintage et sa capacité à revisiter les codes du slasher avec une véritable identité artistique.

10. Thanksgiving : La Semaine de l’horreur (2023) – Eli Roth

Un an après une tragédie survenue lors du Black Friday, un mystérieux assassin déguisé en pèlerin commence à éliminer les habitants d’une petite ville du Massachusetts. Eli Roth transforme la fête de Thanksgiving en un véritable bain de sang, avec des mises à mort aussi inventives que grotesques.

Pourquoi le voir ? Pour son humour macabre, ses scènes volontairement excessives et son hommage assumé aux slashers des années 1980.

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