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Avec L’adolescence du perroquet, Amélie Nothomb met l’amour et la domination en cage

Écrit par
Jonathan Beck
Photos
Albin Michel
Lieu
Nyon

Fidèle au rendez-vous de la rentrée littéraire, Amélie Nothomb publie son 35e roman. Avec L’adolescence du perroquet, paru ce 19 août chez Albin Michel, l’écrivaine belge imagine la relation aussi drôle qu’inquiétante entre un homme solitaire et un perroquet particulièrement intelligent. Derrière cette cohabitation improbable se dessine une réflexion sur l’amour, la solitude et la domination.

Depuis 1992 et Hygiène de l’assassin, Amélie Nothomb suit un rituel presque immuable : un nouveau livre chaque année. 2026 ne fait pas exception. Après plusieurs textes davantage tournés vers son histoire familiale et personnelle, dont Premier sang, L’impossible retour et Tant mieux, la romancière renoue avec une veine plus fantasque et grinçante.

Son nouveau roman porte un titre pour le moins intrigant : L’adolescence du perroquet. Avant sa sortie, l’intrigue avait d’ailleurs été soigneusement tenue secrète. Une seule phrase servait d’indice : « L’amour n’est pas un dû. » Quelques mots qui prennent tout leur sens à mesure que s’installe l’étrange relation au cœur du livre.

Alban et Jo, une rencontre qui bouleverse tout

Le héros s’appelle Alban. Orphelin depuis l’âge de 17 ans après la disparition de ses parents dans l’incendie d’un club de sport, il mène à Paris une existence solitaire. Passionné d’art et notamment du Musée du Louvre, il travaille comme chroniqueur pour une radio du service public, où il s’intéresse volontiers aux petits événements et aux détails apparemment insignifiants du quotidien.

Sa vie bascule lorsqu’une annonce placardée dans son immeuble attire son attention. Un voisin cherche à confier de toute urgence un jeune perroquet gris du Gabon. Alban se laisse tenter et repart avec l’oisillon.

Le nouveau venu s’appelle Jo. Et il ne tarde pas à prendre une place considérable dans la vie de son propriétaire. Le choix du gris du Gabon n’a rien d’anodin. Réputée pour son intelligence et ses impressionnantes capacités d’apprentissage et d’imitation, cette espèce fascine Amélie Nothomb. L’écrivaine avait déjà largement évoqué son rapport aux oiseaux dans Psychopompe, publié en 2023.

Quand le perroquet prend le pouvoir

Jo apprend vite. Très vite même. Mais son intelligence s’accompagne d’un caractère particulièrement affirmé. L’oiseau supporte mal la cage, encore moins la solitude et guère davantage les absences de son humain. Peu à peu, la relation s’inverse. Alban pensait accueillir un animal de compagnie ; le voilà contraint d’organiser son quotidien autour des exigences de Jo. Le perroquet manifeste son mécontentement, saccage l’appartement et développe une jalousie qui peut aller jusqu’à l’agressivité. Une question finit alors par s’imposer : qui est réellement le maître de qui ?

C’est dans ce renversement qu’Amélie Nothomb retrouve l’un de ses terrains de jeu favoris. Derrière une situation volontairement absurde, elle observe les rapports de force qui se glissent dans les relations affectives.

Une étrange histoire d’amour…

L’adolescence du perroquet parle ainsi moins d’animaux que de sentiments profondément humains. Alban cherche l’affection de Jo, tente de comprendre ses réactions et interprète ses comportements comme il le ferait face à une personne dont il désirerait désespérément être aimé. Mais Jo ne répond pas nécessairement aux attentes de celui qui s’occupe de lui.

La relation devient alors le miroir déformant d’un couple où l’amour se mélange à la dépendance, à la jalousie, à la possessivité et au besoin de reconnaissance. La capacité du perroquet à utiliser le langage ajoute une dimension supplémentaire au jeu imaginé par la romancière : parler ne signifie pas forcément se comprendre. Et aimer quelqu’un ne garantit pas davantage d’être aimé en retour.


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Le retour d’une Nothomb plus mordante

Avec cette histoire improbable, Amélie Nothomb retrouve l’humour noir et la malice qui traversent une grande partie de son œuvre. Le perroquet lui permet surtout de déplacer le regard. L’être humain, persuadé d’être au sommet de la hiérarchie et de maîtriser son environnement, se retrouve ici observé, défié et parfois même ridiculisé par un animal.

À travers Jo, l’écrivaine questionne aussi notre besoin presque irrépressible de créer du lien et les concessions que nous sommes capables d’accepter pour ne pas être seuls.

Sous ses allures de fable légère et loufoque, L’adolescence du perroquet cache ainsi un récit nettement plus cruel. Une histoire de solitude et d’attachement dans laquelle le véritable sujet n’est peut-être jamais le perroquet, mais cette étrange habitude humaine qui consiste à attendre de l’autre qu’il nous aime comme nous avons décidé de l’aimer.

Amélie Nothomb, L’adolescence du perroquet, éditions Albin Michel, paru le 19 août 2026.

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