Jusqu’au 10 mai 2026, le Théâtre de Carouge accueille Ivanov, première grande pièce de Anton Tchekhov, mise en scène par Jean-François Sivadier. Une œuvre fulgurante, écrite en dix jours en 1887, qui dissèque avec une précision troublante les mécanismes de l’âme humaine.
Un anti-héros en chute libre
Ivanov est un homme épuisé. Endetté, désillusionné, incapable d’aimer comme avant, il regarde sa vie lui échapper. Sa femme, Anna Petrovna, est condamnée par la maladie. Lui, déjà ailleurs, s’éprend de la jeune Sacha. Entre culpabilité, fuite et désir de renouveau, il vacille.
Tchekhov ne juge pas. Il observe. Et c’est bien là toute la force de la pièce : transformer un homme ordinaire en miroir de nos propres contradictions. Ivanov n’est ni un monstre, ni un héros. Juste un homme qui n’arrive plus à tenir debout.

Une mise en scène électrique
Avec Jean-François Sivadier, Ivanov retrouve toute sa brutalité et sa modernité. Le metteur en scène, connu pour son théâtre nerveux et incarné, pousse les curseurs du tragique et du comique jusqu’à les faire cohabiter dans une tension permanente.
Sur scène, les corps s’agitent, les mots frappent, les silences pèsent. La distribution, menée notamment par Nicolas Bouchaud, donne chair à cette galerie de personnages à la fois pathétiques, drôles et profondément humains. Le résultat est une expérience théâtrale intense, presque physique, où l’on rit autant qu’on vacille.
Les comédiens sur scène : Nicolas Bouchaud (Ivanov), Yanis Bouferrache (Kossykh), Christian Esnay (Chabelski), Zakariya Gouram (Lebedev), Gulliver Hecq (Lvov, Gavrila), Charlotte Issaly (Sacha), Jisca Kalvanda (Babakina), Norah Krief (Anna Petrovna), Frédéric Noaille (Borkine, une vieille chanteuse), Agnès Sourdillon (les 21 et 22 avril) (Zinaïda, Piotr), Catherine Vinatier (dès le 23 avril) (Zinaïda, Piotr).
Tchekhov, toujours contemporain
Plus d’un siècle après son écriture, Ivanov reste d’une actualité saisissante. Fatigue morale, pression sociale, incapacité à trouver du sens… autant de thèmes qui résonnent aujourd’hui avec une acuité troublante.
Tchekhov, médecin de formation, ausculte ses personnages comme des patients. Il ne propose pas de solution, mais révèle une vérité simple et dérangeante : nous sommes faits de contradictions.
Comme le suggère la célèbre phrase de Gustav Mahler citée autour du spectacle : « La tradition n’est pas le culte des cendres, mais la transmission du feu. » Et ce feu, Sivadier le ravive avec une intensité rare.
Parce que Ivanov n’est pas seulement une pièce classique. C’est une plongée vertigineuse dans ce moment où tout vacille. Là où l’on rit encore, mais un peu jaune. Là où l’on se reconnaît, parfois trop.
Un théâtre qui ne console pas, mais qui éclaire ! Et qui, pendant 2h40, vous tient au bord du précipice.

Informations pratiques
Théâtre de Carouge, Rue Ancienne 37A 1227 Carouge
Jusqu’au au 10 mai 2026
Horaires : du mardi au vendredi à 19h30, samedi et dimanche à 17h
Durée : 2h40
Tarifs
Plein tarif: CHF 42.–
AVS/AI: CHF 33.–
Jeunes (< 25 ans) et étudiants: CHF 15.–
Carte 20ans/20francs: CHF 10.–










