Le prix Nobel de littérature 2025 a été décerné à László Krasznahorkai, écrivain hongrois de 71 ans, a annoncé l’Académie suédoise. Le jury a salué « une œuvre fascinante et visionnaire qui, au milieu d’une terreur apocalyptique, réaffirme le pouvoir de l’art ».
Un écrivain hypnotique et visionnaire
Considéré comme l’un des auteurs les plus singuliers de la littérature contemporaine, Krasznahorkai est décrit par l’Académie comme « un grand écrivain épique d’Europe centrale », héritier de Kafka et Thomas Bernhard, mêlant absurdisme, excès grotesque et contemplation métaphysique.
Son style, exigeant et foisonnant, se caractérise par des phrases interminables et une narration quasi ininterrompue, une manière d’examiner « la réalité jusqu’à la folie », selon ses propres mots.

Une œuvre entre apocalypse et beauté douloureuse
Né le 5 janvier 1954 à Gyula, dans le sud-est de la Hongrie, Krasznahorkai est surtout lu dans son pays natal et en Allemagne, où il a longtemps vécu. Son nom figurait depuis des années parmi les favoris pour le Nobel. Il devient ainsi le deuxième écrivain hongrois à recevoir cette distinction, après Imre Kertész, lauréat en 2002.
Son premier roman, Satantango (1985), l’a révélé en Hongrie. Ce texte monumental, composé de douze chapitres en un seul paragraphe chacun, dépeint la décomposition d’un village sous le communisme. Szirtes le qualifie de « lente coulée de lave narrative ». L’auteur y voyait un livre pour ceux « qui veulent autre chose que du divertissement, qui ont une préférence pour le douloureusement beau ».
Le cinéaste Béla Tarr en a tiré en 1994 une adaptation fleuve de plus de sept heures, considérée comme un chef-d’œuvre du cinéma d’art et d’essai. Le réalisateur a ensuite adapté un autre roman de l’auteur, La mélancolie de la résistance (1989), sous le titre Werckmeister Harmonies (2000).
“Un maître hongrois contemporain de l’apocalypse”
Comparé à Beckett et Dostoïevski, Krasznahorkai a été décrit par Susan Sontag comme un « maître hongrois contemporain de l’apocalypse, digne de Gogol et Melville ». Son roman Guerre et guerre (1999) fut salué par le critique James Wood (The New Yorker) comme « l’une des expériences les plus profondément troublantes qu’un lecteur puisse vivre ».
Lauréat du Man Booker International Prize en 2015 pour l’ensemble de son œuvre, Krasznahorkai cite Kafka, Jimi Hendrix et Kyoto parmi ses sources d’inspiration. Interrogé sur les images d’apocalypse qui traversent ses livres, il répondait : « Peut-être suis-je un écrivain qui écrit pour ceux qui ont besoin de la beauté de l’enfer. »










