Sonny Rollins décès jazz slash culture

Le monde du jazz perd Sonny Rollins, figure majeure du saxophone

Écrit par
Jonathan Beck
Photos
Marie Humair, Claude Bornand, Claudina Garcia
Lieu
Montricher

Le monde du jazz perd l’une de ses figures les plus monumentales. Le saxophoniste américain Sonny Rollins est décédé lundi 25 mai 2026 à l’âge de 95 ans, dans sa maison de Woodstock, dans l’État de New York. Avec lui disparaît l’un des derniers grands témoins de l’âge d’or du jazz américain, un musicien dont l’influence a traversé plus de sept décennies de création musicale.

Surnommé le « colosse du saxophone » en référence à son album mythique Saxophone Colossus paru en 1956, Sonny Rollins était considéré comme l’un des plus grands saxophonistes ténor de l’histoire, aux côtés de Charlie Parker, John Coltrane ou Coleman Hawkins. Son jeu puissant, son sens inépuisable de l’improvisation et sa liberté artistique ont profondément marqué l’évolution du jazz moderne.

Une figure majeure du jazz américain

Né Theodore Walter Rollins le 7 septembre 1930 à Harlem, Sonny Rollins grandit au cœur d’un quartier bouillonnant où se croisent musique, culture afro-américaine et effervescence artistique. Très jeune, il découvre le saxophone et rejoint rapidement la scène bebop new-yorkaise.

À peine âgé de vingt ans, il joue déjà avec certaines des plus grandes figures du jazz : Miles Davis, Charlie Parker, Thelonious Monk, Dizzy Gillespie ou encore Max Roach. Dès ses premiers enregistrements, il impressionne par son sens du rythme, sa créativité mélodique et sa capacité à repousser les limites du langage jazzistique.

Sonny Rollins devient rapidement une figure centrale du hard bop, un jazz plus intense et plus libre qui émerge dans les années 1950. En 1956, Saxophone Colossus le propulse définitivement parmi les géants du genre. L’album contient notamment St. Thomas, morceau inspiré des rythmes calypso de ses origines caribéennes et devenu l’un des titres les plus emblématiques de sa carrière.

L’improvisation comme philosophie

Chez Sonny Rollins, la musique n’a jamais été figée. Le saxophoniste se définissait lui-même comme « une œuvre en devenir », refusant de répéter les mêmes formules ou de s’enfermer dans un style unique.

Son approche du jazz reposait avant tout sur la liberté. Pionnier du trio sans piano, il ouvre de nouveaux espaces d’improvisation et développe un jeu plus aérien, plus instinctif. Son art repose autant sur la puissance sonore que sur le silence, le souffle et l’exploration permanente.

Cette quête artistique le pousse parfois à disparaître volontairement de la scène. À la fin des années 1950, alors qu’il est au sommet de sa popularité, Sonny Rollins décide de se retirer du monde musical pour travailler seul son instrument. Pendant plusieurs années, il s’exerce quotidiennement sur le pont de Williamsburg, entre Brooklyn et Manhattan. Cette expérience donnera naissance à l’album The Bridge, sorti en 1962.

Plus tard, il entreprend également plusieurs voyages spirituels au Japon et en Inde, s’intéresse au yoga, à la méditation zen et à la philosophie orientale. Une démarche qui influencera profondément son rapport à la musique et à la scène.


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Une carrière immense et ouverte sur le monde

Contrairement à de nombreux musiciens de sa génération, Sonny Rollins a connu une carrière exceptionnellement longue. Même après les années bebop et hard bop, il n’a jamais cessé d’expérimenter.

Au fil des décennies, il intègre des influences funk, R&B, latines ou encore free jazz. Il collabore avec les Rolling Stones sur l’album Tattoo You en 1981 et compose également la bande originale du film Alfie avec Michael Caine.

Sur scène, Sonny Rollins était réputé pour ses solos monumentaux, parfois physiques, souvent imprévisibles, toujours habités. Jusqu’aux années 2000, il continue à tourner dans le monde entier malgré des problèmes respiratoires de plus en plus importants.

En 2010, Barack Obama lui remet la National Medal of Arts, saluant un artiste qui l’a inspiré « à prendre des risques ».

Un musicien engagé et profondément humain

Au-delà de la virtuosité, Sonny Rollins a aussi utilisé sa musique comme un espace de réflexion sur le monde. En 1958, en pleine lutte pour les droits civiques, il enregistre Freedom Suite, œuvre majeure qui évoque la condition des Afro-Américains aux États-Unis.

Après les attentats du 11 septembre 2001, qu’il vit de très près depuis son appartement situé non loin du World Trade Center, il maintient un concert prévu à Boston quelques jours plus tard. Cet enregistrement deviendra Without a Song: The 9/11 Concert, un album chargé d’émotion et de résilience.

Sonny Rollins avait officiellement mis un terme à sa carrière au début des années 2010 pour des raisons de santé. Mais son héritage, lui, reste immense. Son œuvre continue d’influencer des générations de musiciens bien au-delà du jazz.

Avec sa disparition, c’est une page majeure de l’histoire de la musique américaine qui se tourne.

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